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Actualité : Le camembert de Normandie AOP va autoriser la pasteurisation. C’est un renoncement aux valeurs de l’appellation et une victoire des multinationales !


Usages ancestraux, loyaux et constants : trois mots gravés dans le marbre lorsque la France a créé les appellations d’origine au tout début du XXè siècle, et pourtant, le camembert de Normandie, symbole s’il en est de notre pays, va être pasteurisé en 2021 ! Autant dire un nivellement par le bas, qui s’accompagnera de l’arrêt du moulage à la louche.

Décidément, l’histoire se répète. L’AOP normande n’a pas tiré la leçon du passé, elle s’enfonce inexorablement dans la médiocrité. En voulant faire retirer le terme Normandie des camemberts industriels, en somme faire appliquer la loi après 20 ans de laxisme, le camembert de Normandie hérite du pire scénario pour sortir de ce bras de fer entre fabricants du camembert "de Normandie" sous AOP et ceux du « fabriqué en Normandie », la version industrielle, dont Lactalis est le premier opérateur avec 95 % de la production. La fin du « Fabriqué en » se solde avec une AOP pour tous, déclinée en deux versions : l’une de base sous le nom actuel « Camembert de Normandie » et l’autre, plus qualitative, sous le nom de « Véritable camembert de Normandie ». La loi du marché voudra que 9 camemberts AOP sur 10 soient pasteurisés et industriels, fabriqués à la chaîne comme de vulgaires produits. Donc moins chers.

L’association Fromages de Terroirs dénonce un détournement grave de l’AOP qui donne en vérité aux industriels ce dont ils avaient rêvé en 2007 lorsqu’ils avaient réclamé la pasteurisation. On sait ce qu’il en advient de cette assouplissement dans les cahiers des charges - course au volume, standardisation, disparition des fermiers - et empilement des sous labels qui ne crée que de la confusion pour le consommateur. L’entrée des camemberts industriels dans le périmètre de l’AOP, est la mort programmée du véritable camembert !

PÉTITION À SIGNER SUR CHANGE.ORG :C’est le camembert de Normandie qu’on assassine !


Mercredi 21 février, la réunion « de la dernière chance » a abouti à cette imposture ! Les protagonistes de la longue bataille qui oppose les fabricants de « camembert fabriqué en Normandie, aux opérateurs de l’AOP Camembert de Normandie au lait cru, ont tranché. La filière s’oriente vers une AOP élargie, avec deux niveaux :

-  Une version plancher autorisera la dénomination commerciale « Camembert de Normandie », venant remplacer le « fabriqué en ». Cette version autorisera le lait pasteurisé, en contre partie, elle imposera une normandisation des troupeaux à hauteur de 30%. C’est peu ! D’autant que rien n’est précisé pour les 70% restants. Plus de moulage à la louche par des mains expertes, mais un robot mouleur. La fabrication restera donc très industrielle, à la chaîne comme c’est le cas actuellement pour les marques Président, Lanquetot, Lepetit, Cœur de Lion, le Rustique... On nous dit que le pâturage serait rendu obligatoire 6 mois de l’année, avec une part d’herbe minimale dans la ration estivale (25 ares d’herbe par vache). Et puis, la filière se réjouit semble t-il qu’on garantisse le caractère mi-lactique mi-présure qui caractérise le camembert traditionnel. En aucun cas, ce futur cahier des charges n’offrira la qualité d’un camembert digne d’une AOP.

-  Une version plus haut de gamme, strictement au lait cru, baptisée « Véritable Camembert de Normandie », voulant se substituer à l’actuelle AOP, avec des critères d’exigence relevés. On nous promet que la part de Normandes serait portée à 70% contre 50% actuellement, (imposée depuis mai 2017). Le bocage serait revalorisé : 100 mètres de haies pour un hectare de pâture, cela pour encourager la biodiversité. La ration hivernale devrait, quant à elle, comporter obligatoirement une proportion d’herbe. Soit, mais ce sont de bien minces avancées, et pour la plupart déjà acquises !

Pour les deux catégories de l’AOP, des règles générales vont également s’appliquer comme la suppression des OGM dans l’alimentation pour l’ensemble des producteurs. La zone pourrait intégrer les actuels producteurs hors zone dans l’Eure, la Seine-Maritime, la Manche, l’Orne et le Calvados, peut-être plus largement..

Les Normands exhument donc Le « Véritable camembert de Normandie », dénomination qui avait disparue en 1983 lors de la naissance de l’AOP. Elle est censée porter le « très haut de gamme » sauf qu’en autorisant la pasteurisation, c‘est la mort de l’AOP en tant que telle, dès lors qu’on introduit des niveaux de qualité si différents dans le label. On crée une concurrence au sein même d’une AOP.

La cohabitation lait cru-lait pasteurisé, pratiquée dans plus de 50 % des AOP nationales, pont-l’évêque, neufchâtel, livarot, ossau-iraty, saint-nectaire, cantal, fourmes d’Ambert et de Montbrison, bleu d’Auvergne, époisses, maroilles, munster... n’ont entraîné que médiocrité et tensions dans la filière laitière, accélérant la disparition des fermiers. Beaucoup d’entre elles ont en réalité perdu des parts de marché.

D’autres AOP admettent différentes déclinaisons : le beaufort (versions « été » et « chalet d’alpage »), le laguiole (« Grand Aubrac »), le salers (« Tradition ») ... mais il y a une grande différence, elles sont toutes au lait cru, ce qui maintient une qualité optimale et une reconnaissance unique.

La nouvelle règle ne devrait pas être effective avant 2021. Une commission d’enquête nommée par l’Inao aura pour mission de lancer les travaux sur la définition de la nouvelle zone et les conditions de production.

Faits et chiffres :

Le camembert de Normandie AOP au lait cru a obtenu l’AOC en 1983 et l’AOP en 2007. L’AOP actuelle produit 5 400 tonnes en 2017 soit 6 % de la fabrication totale du camembert. Les 94% restant sont industriels : Lactalis représente hors AOP et en AOP, 95% de la production.

Liste des opérateurs et des marques dans l’AOP Camembert de Normandie au lait cru

Les fermiers
-   Ferme du Champ Secret, dirigée par Patrick Mercier, à la Novère dans l’Orne. Marque : Champ Secret.
-   Ferme de la Héronnière, à Camembert dans l’Orne, récemment reprise par Nicolas Durand. Marque : François Durand.

Les laiteries
-   Laiterie de Saint-Hilaire-de-Briouze - Fromagerie Gillot détenue par la famille Fléchard. Marques : Gillot, Marie Harel et Saint-Hilaire. 45 % des parts de marché de l’AOP.
-   Domaine de Saint-Loup - Ex-Graindorge, détenue par Lactalis. Marques : Domaine du Plessis, Fleuron du Plessis, Domaine de Saint-Loup, La Petite Normande et E.Graindorge.
-   Fromagerie de Jort, détenue par Lactalis. Marque : Jort.
-   Fromagerie du Moulin de Carel, détenue par Lactalis. Marque : Moulin de Carel.
-   Fromagerie d’Orbec, à Orbec-en-Auge, détenue par Lactalis. Marque : Bourdon. Lactalis détient 50% des parts de marché de l’AOP.

-   Fromagerie du Val-de-Sienne, détenue par Pascal Beillevaire et Pierre Marty. Marques : Pré Saint-Jean, Le Bon Choix et Beillevaire.
-   Coopérative Isigny-Sainte-Mère. Marque : Isigny-Sainte-Mère.
-   Fromagerie Réaux, détenue par Maîtres Laitiers du Cotentin-Groupe Disfrais. Marques : Réo et Le Gaslonde.
-   Fromages de Stéphanie, à Saint-Léger-sur-Sarthe dans l’Orne, détenue par Stéphanie Conrad. Marque : Les Fromages de Stéphanie.

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